Face aux risques alimentaires, nutritionnels et pastoraux : l’urgence d’une mobilisation nationale anticipée
Nouakchott, le 20 octobre 2026
L’Alliance de la société civile SUN de Mauritanie exprime sa vive préoccupation face à la convergence des risques climatiques, pastoraux, économiques et nutritionnels qui menacent les moyens d’existence de nombreuses familles mauritaniennes.
Le retard et l’irrégularité des pluies, la dégradation de la disponibilité fourragère dans plusieurs zones, les restrictions de mobilité des troupeaux entre la Mauritanie et le Mali et la pression persistante sur le pouvoir d’achat des ménages constituent autant de facteurs susceptibles d’aggraver une situation alimentaire déjà fragile.
Les données disponibles ne doivent pas être considérées comme de simples indicateurs techniques. Elles constituent un signal d’alerte qui appelle une réponse publique anticipée, coordonnée et proportionnée aux risques.
Une situation pastorale préoccupante dans plusieurs wilayas
Le bulletin régional d’Action contre la Faim sur la production de biomasse à la mi-saison 2026 montre que la production fourragère en Mauritanie représente environ 85 % de la moyenne de référence 1999-2025, contre 140 % en 2025 et 151 % en 2024.
Les déficits sont particulièrement marqués au Tagant, où la biomasse atteint 59 % de la moyenne de référence, au Brakna (65 %), au Gorgol (73 %), en Assaba (79 %) et au Hodh El Gharbi (80 %). Le Guidimakha se situe à 88 % et le Hodh Chargui à 90 %.
Ces écarts traduisent un recul significatif des ressources fourragères par rapport aux campagnes récentes. Ils font craindre une réduction plus précoce des pâturages, une concentration accrue des troupeaux autour des ressources disponibles et des tensions sur l’eau et les aliments pour bétail pendant la saison sèche 2026-2027.
Le bulletin pastoral mauritanien d’ACF d’août-septembre 2026 signale également des pluies faibles et irrégulières, entrecoupées de longues séquences sèches, ainsi que la suspension de la transhumance transfrontalière avec le Mali pour des raisons de sécurité. Il relève une concentration importante du bétail dans les zones pastorales suivies. L’état corporel des animaux était néanmoins jugé satisfaisant au moment des observations, ce qui souligne l’importance d’intervenir avant une éventuelle détérioration. <Cite refs={[« turn387934search3″, »turn387934search4 »]}/>
Une vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle déjà documentée
Les risques pastoraux s’ajoutent à des besoins alimentaires et nutritionnels considérables.
Selon les estimations de la FAO, plus de 500 000 personnes étaient susceptibles de connaître une insécurité alimentaire aiguë sévère en Mauritanie entre juin et août 2026, dont près de 13 900 en situation d’urgence. Ces estimations tiennent notamment compte des effets des conditions météorologiques défavorables et de la pression exercée sur les communautés d’accueil par les déplacements de populations fuyant le conflit au Mali. <Cite refs={[« turn387934search0 »]}/>
Sur le plan nutritionnel, l’analyse de l’IPC pour la période de novembre 2025 à octobre 2026 estime à près de 179 000 le nombre d’enfants de 6 à 59 mois susceptibles de souffrir de malnutrition aiguë, dont plus de 42 000 cas sévères. Environ 71 000 femmes enceintes ou allaitantes sont également concernées. L’analyse prévoit une aggravation saisonnière de la situation nutritionnelle pendant la période de juin à octobre 2026. <Cite refs={[« turn387934search1″, »turn387934search10 »]}/>
Ces chiffres témoignent d’une vulnérabilité qui dépasse la seule question des pâturages. La baisse éventuelle des revenus pastoraux, les dépenses supplémentaires pour nourrir les animaux et les difficultés d’accès aux denrées peuvent réduire davantage la capacité des ménages à assurer une alimentation suffisante et diversifiée.
Le pouvoir d’achat des ménages, une préoccupation majeure
La hausse des prix des produits essentiels et les incertitudes qui affectent les marchés internationaux constituent un facteur supplémentaire de fragilisation.
La dépendance de la Mauritanie aux importations alimentaires expose les consommateurs aux variations des coûts d’approvisionnement, du transport et de l’énergie. Les conséquences économiques des conflits internationaux, notamment la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les tensions au Moyen-Orient et dans le Golfe, renforcent ces incertitudes.
En mai 2026, les autorités mauritaniennes et la Fédération du commerce ont conclu un accord prévoyant notamment des ajustements des prix du sucre, du blé et de l’huile alimentaire, tout en maintenant le prix convenu du riz local. Cet accord reconnaissait explicitement la nécessité de tenir compte des évolutions internationales, notamment de leurs effets sur l’énergie, le transport et l’assurance. <Cite refs={[« turn387934search5 »]}/>
Dans ce contexte, une détérioration de la situation pastorale risque d’affecter simultanément les revenus des éleveurs, la disponibilité de certains produits d’origine animale et le pouvoir d’achat des ménages. Les enfants, les femmes enceintes et allaitantes, les petits producteurs, les éleveurs disposant de faibles réserves et les ménages pauvres figurent parmi les populations les plus exposées.
L’appel de l’Alliance : anticiper, protéger et agir
Au regard de ces constats, l’Alliance de la société civile SUN de Mauritanie appelle les autorités nationales, les collectivités territoriales, les partenaires techniques et financiers, les agences des Nations Unies et les organisations humanitaires à engager une réponse concertée autour de six priorités.
1. Déclencher une réponse anticipatoire fondée sur les données.
Actualiser les évaluations de la sécurité alimentaire, nutritionnelle et pastorale, en croisant les données satellitaires avec les observations de terrain. Les résultats doivent permettre d’identifier les zones les plus exposées et de déclencher rapidement les mesures adaptées, sans attendre une aggravation des indicateurs.
2. Soutenir les éleveurs et sécuriser les ressources pastorales.
Renforcer l’accès à l’eau, faciliter l’approvisionnement en aliments pour bétail, constituer des réserves stratégiques et soutenir les services vétérinaires. Une attention particulière doit être accordée aux zones déficitaires et aux ménages dont les moyens d’existence dépendent principalement de l’élevage.
3. Engager un dialogue transfrontalier sur la mobilité pastorale.
L’Alliance appelle les autorités mauritaniennes à poursuivre les échanges avec leurs homologues maliens afin d’examiner les possibilités de faciliter et de sécuriser les mouvements de transhumance, dans le respect des impératifs de sécurité. Les collectivités, les organisations pastorales et les mécanismes locaux de médiation doivent être associés à cette démarche afin de prévenir les tensions liées à l’accès à l’eau et aux pâturages.
4. Protéger le pouvoir d’achat et renforcer la protection sociale.
Surveiller régulièrement les prix et l’approvisionnement des marchés, évaluer les besoins des ménages les plus vulnérables et renforcer les mécanismes de soutien adaptés, notamment les transferts monétaires et l’assistance alimentaire lorsque cela est nécessaire. Les mesures prises doivent faire l’objet d’un suivi transparent de leur mise en œuvre et de leurs effets.
5. Prévenir la détérioration de la situation nutritionnelle.
Maintenir la continuité du dépistage et de la prise en charge de la malnutrition, renforcer les services de santé et les interventions de nutrition, et garantir une attention prioritaire aux enfants de moins de cinq ans ainsi qu’aux femmes enceintes et allaitantes. Les actions nutritionnelles doivent être articulées avec l’accès à l’eau, l’assainissement, la protection sociale et la sécurité alimentaire.
6. Mobiliser les financements et renforcer la coordination nationale.
Inviter les partenaires à mobiliser rapidement les ressources nécessaires à la prévention et à la réponse, tout en associant la société civile, les organisations communautaires et pastorales et les collectivités territoriales à l’identification des besoins, au ciblage des bénéficiaires et au suivi des interventions.
Une responsabilité collective face à un risque évitable
L’Alliance souligne que les données disponibles ne signifient pas qu’une crise généralisée est inévitable. Elles montrent cependant que plusieurs facteurs de vulnérabilité se cumulent et que les marges d’adaptation de certains ménages pourraient se réduire rapidement si aucune mesure anticipatoire n’est engagée.
La réponse ne peut donc se limiter à des interventions d’urgence une fois les pertes de cheptel, la baisse des revenus et la détérioration nutritionnelle déjà constatées. Elle doit reposer sur l’anticipation, la solidarité nationale, la coordination entre les acteurs et une mobilisation précoce des ressources.
L’Alliance de la société civile SUN de Mauritanie réaffirme sa disponibilité à contribuer à l’alerte communautaire, à la sensibilisation des populations, à l’identification des besoins et au suivi des actions engagées, en partenariat avec les institutions nationales et les acteurs du développement.
Nous lançons un appel aux autorités nationales et aux partenaires : prenons dès maintenant la mesure des risques qui se dessinent et agissons ensemble pour protéger les populations les plus vulnérables. La prévention de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle est une responsabilité collective qui exige des décisions concrètes, des moyens mobilisés à temps et des résultats mesurables.
Pour l’Alliance de la société civile SUN de Mauritanie
Le Coordinateur national
Mohamed BNEIJARA
tel/what:+22236388360